Chapitre 2 du projet "bouts du monde"... Ou comment marcher pour s'arrêter...
Voici mon regard :
Dans nos vies où tout s'enchaîne tout le temps, où marcher pour le plaisir est un luxe, en soi, prendre le temps d'observer le monde qui nous entoure et d'écouter la nature qui nous accueille est le minimum. On enchaine les pas, chaque virage ouvre le regard vers un nouvel horizon que je ne peux m'empêcher de capturer sur une photo. C'est un paysage, une fleur, un animal ou quelque fois simplement une sensation que l'on essaye de capturer pour la partager, mais comment représenter l'immensité et la sensation d'être tout petit, comment représenter le bien être malgré l'effort...
Au retour, lors des tris et des choix, il y a une évidence, les chemins sont présents sur beaucoup de clichés et seront donc, dans l'exposition de ce nouveau chapitre.
Ces cheminements sont également intérieurs. Je dirais que les marches en randonnée, permettent de s'écouter pour mieux revenir affronter le quotidien.
Le regard de Jean-Marc :
Pendant longtemps, j'ai marché sans vouloir me retourner, sans vouloir m'arrêter, à briser mes pas sur des cailloux ruinés.
Les os des chevilles parfois à vif pour atteindre quels objectifs ?
La fin du chemin, nous le connaissons tous, alors pourquoi accélérer encore. Mais il m'a fallu du temps pour apprendre à ne plus courir et à accueillir l'instant présent, seule éternité existentielle.
Prendre le temps, refuser l'immédiat, attendre patiemment que la pâte lève avant d'apprécier la transformation car tout change et tout finit par disparaitre aussi pour renaître différemment.
Apprécier un temps non immédiat, une gageure dans notre société de compétition où la rapidité du résultat est principale valeur.
Alors marcher pour s'arrêter devient pour ce deuxième volet de nos "Bouts du Monde", un hymne à la vie, à l'amour retrouvé et nos mains qui ne se lâchent plus et s'aventurent encore un peu plus loin pour lâcher-prise.
Une impression de lumière différente, les contrastes entre les plages d'ombre et les plus claires et à certains endroits l'écriture de lumière qui commence à s'effacer.
Je peux dire que ces idées m'obsèdent, elles construisent les lignes directrices, le cadre de mes photographies au moment du déclenchement mécanique, la photographie est déjà présente dans ce que j'imagine, de façon plus instinctive maintenant, du moins je n'en ai pas conscience entièrement, mes doigts cheminent sur mon boîtier fétiche et j'essaie de le plier dans tous les sens à l'image de mon esprit. Il faut ensuite du temps pour révéler au sens propre cette image latente inscrite sur la pellicule et dans les paysages encore embrumés de mon esprit.
Et je suis toujours émerveillé lorsque ces deux images se reconnaissent, elles deviennent miennes dans la lumière rouge du laboratoire et je les aime je crois, naïvement je les aime sans savoir pourquoi.
Un photographe selon elle, il s'agit ici d'Agnès Varda :"a intérêt à savoir développer lui-même et tirer lui-même". Une façon de conserver aussi la dimension artisanale du métier.
Varda choisit la profession de photographe en 1948, estimant que cette technique est au croisement de "l'artisanat, l'art, la création et le document". Elle y voit aussi "une forme d'artisanat où l'intellectuel primait le manuel sans l'exclure".
Dans : "Avant la rue Daguerre" , Le Paris d'Agnès Varda, de-ci, de-là.
Musée Carnavalet - Histoire de Paris

Comment nous travaillons chaque projet?
Et vient le temps de préparer l'exposition...
"Comment présenter nos photos ? D'abord il faut faire un choix, correspondances noir et blanc et les photos numériques couleur d'Angélique.
Des évidences, des coups de cœur aussi, nos regards se croisent, se complètent et une ligne directrice semble nous guider, lignes de fuite sur nos chemins du Bout du Monde, vertiges des paysages du haut Vercors qui s'ouvrent devant nous, perdus dans l'immensité puis soudain suspendus, accrochés au bord des précipices, les lapiaz inclinés à en perdre presque l'équilibre.
J'imprime les couleurs, je tire sur papier fibre les négatifs choisis sur mes planches contacts, Angélique veut les garder, la magie opère...
Quel format choisir ? plusieurs essais et très vite, s'impose à nous de ne pas recadrer nos photos ou le moins possible, ce sera 15 x 24 pour les horizontales (cela permet d'avoir le négatif complet sans recadrage) et 18 x 24 pour les verticales. Pour les cadres, des sous-verres de format unique, 24 x 30...
Et évidemment comme les photos n'ont pas un format standard, excepté pour les 18 x 24, j'ai fait les passe-vues manquants manuellement. Oui oui avec un peu d'entraînement, on y arrive assez bien !
Il ne reste plus qu'à réfléchir à l'accrochage, séries, carrés, cadres verticaux pour mettre en valeur nos photos et nos correspondances et préparer les fils pour les cimaises. Notre atelier, à la fois studio et loisirs créatifs, redevient pour un temps notre lieu d'exposition !"
À tout vite.
A& JM



































